27.04.2009

La soupe de poireaux et pommes de terre selon Ali-Bab


Il est un art que nous avons un peu perdu, et c'est bien dommage, c'est celui de la soupe, du potage ou du consommé. Rien ne vaut un bol de soupe bien chaude qui vous réchauffe l'estomac et le corps en un rien de temps. Loin de moi l'idée de vouloir critiquer ces fabricants dont toute l'énergie tend à nous faire gagner du temps: n'empêche que leurs préparations en sachets (et je ne parlerai pas de ces machins sur lesquels on ne fait que verser de l'eau chaude) ont sans doute contribué à nous faire oublier le goût d'une soupe toute simple.
Je vous livre telle quelle la recette de la soupe aux poireaux et pommes de terre d'Ali-Bab, grand gastronome du début du XXe siècle.
"Pour six à huit personnes, prenez: 400 g de pommes de terre épluchées, 200 g de blanc de poireaux, 125 g de beurre, 30 g de sel, 1 gramme de poivre, 4 litres d'eau, pain. Coupez les pommes de terre et les poireaux en gros morceaux, mettez-les dans une casserole avec l'eau, le sel et le poivre: faites cuire à feu vif pendant une heure environ, de façon à réduire le liquide de moitié. Passez alors le liquide à travers une passoire à gros trous, en écrasant plus ou moins les légumes, suivant que vous voulez obtenir une soupe plus ou moins épaisse. Remettez le liquide passé sur le feu, ajoutez le beurre, donnez deux ou trois bouillon. Mettez dans une soupière des tranches minces de pain (100 grammes environ), versez dessus le bouillon de poireaux et de pommes de terre bouillant. Couvrez la soupière, laissez tremper un moment, puis servez.

On peut, suivant le goût, préparer de même une soupe aux poireaux et pommes de terre après avoir fait revenir un peu les poireaux dans du beurre.

On peut aussi préparer des potages aux poireaux et pommes de terre. Dans ce cas, on remplacera, au goût, le pain par du tapioca, des perles du Japon ou des pâtes qu'on fera cuire dans le bouillon passé avant d'ajouter le beurre.

Enfin, en augmentant un peu la quantité de légumes passés au travers de la passoire, on aura des potages purée de poireaux et de pommes de terre. On servira ces potages soit tels quels, soit garnis de croûtons frits."

C'est simple, c'est bon, et c'est pas cher, non?

24.04.2009

La patate, je vous la sers en salade ou en papillote?

Il y a du mieux sur les étals. Après des années d'hégémonie de la bintje et de l'urgenta, sont apparues d'autres sortes de pommes de terre, sorties de l'oubli. J'ai un petit faible pour la charlotte, une merveille de douceur et d'onctuosité, à la belle chair jaune (conseil d'ami: ne faites pas de purée avec les charlottes, elles tournent en ciment).
Après les pommes de terre nouvelles que vous venez certainement de manger, pourquoi ne pas habiller la patate d'habits estivaux, propices à accompagner pique-nique ou grillades? Comme la salade. Ringard? Pensez-vous! Bien faite, elle vous fera chavirer de bonheur. Pour une bonne dizaine de convives, faites cuire sans les peler 2 kg de patates dans de l'eau salée (le moins d'eau possible, c'est important). Pelez-les ensuite sans vous brûler les doigts, mais c'est mieux quand elles sont encore tièdes parce qu'elles absorberont bien la sauce. Mélangez 10 cs d'huile, 10 cs de vinaigre, 1 pot de crème acidulée, du sel, du poivre, une cuillerée de moutarde et un bouquet de ciboulette coupés menu. Ajoutez les patates et attendez. Juste avant de servir, ajoutez 1 dl de bon bouillon de légumes. C'est moelleux, c'est tendre, c'est goûteux. Vous pouvez, si vous en avez l'envie, ajouter des cornichons coupés ou des câpres.
Si vous prévoyez des grillades, n'hésitez pas à les accompagner de pommes de terre cuites en papillote. Vous emballez vos pommes de terre lavées mais non pelées dans du papier d'alu avec une petite noisette de beurre (attention à l'étanchéité: le beurrre ne doit pas s'échapper!). Faites-les griller trois bons quarts d'heure (ça dépend de la chaleur de votre gril). Préparez-leur une sauce au séré: 2 dl de séré maigre, le jus d'un citron, une gousse d'ail écrasée, sel, poivre, un demi-bouquet de ciboulette coupée, un demi-bouquet de persil haché, un peu d'estragon. Vous mangerez vos patates à la cuillère, tellement elles doivent être tendre, accompagnée de la petite sauce. Sans modération.

23.04.2009

Quelques zakouskis russes, ces petites entrées goûteuses


"On n'a pas toujours du caviar." C'est ce que disait déjà l'écrivain Johannes Mario Simmel. C'est ce que se disent aussi les Russes, à l'heure de préparer leurs zakouskis, ces petites entrées qu'on mange avec force vodka. Même sans oeufs d'esturgeon, la palette est large.

Comme le caviar de champignons. Prenez 1 kg de champignons frais divers que vous laverez soigneusement après en avoir ôté les pieds. Plongez-les une minute dans de l'eau bouillante salée, puis égouttez-les et hachez-les finement. Dans une poêle et un peu d'huile, faites sauter 3 oignons hachés fin avant d'ajouter ces champignons et de laisser cuire, à couvert, un quart d'heure. Ajoutez alors 1 cc de vinaigre, salez, poivrez, puis saupoudrez de quelques tiges de ciboule et de quelques brins d'aneth hachés fin ainsi que d'un oeuf dur écrasé. Mélangez et laissez au réfrigérateur quelques heures.

Pour des pirojkis, des sortes de petits pâtés, disposez 250 g de farine en puits, placez au centre 120 g de beurre en dés, 1 oeuf, 4 cs d'eau et une pincée de sel. Travaillez consciencieusement la pâte qui doit devenir bien molle. Couvrez et laissez reposer. Etalez ensuite finement la pâte et découpez-y des cercles de 10 cm de diamètre. Ne reste qu'à les farcir (voir plus loin). Prenez un cercle, mettez-y la farce, rajoutez un cercle par-dessus et pincez les bords. Faites-les cuire au four 6 minutes à 250 degrés, puis 6 minutes à 210 degrés, jusqu'à ce qu'ils soient bien dorés.

Pour la farce, râpez par exemple 5 carottes que vous ferez fondre à l'huile avec 1 feuille de laurier et 2 oignons hachés, avant d'ajouter 2 oeufs durs hachés, 1 bouquet d'aneth haché et 125 g de beurre salé (bonjour le cholestérol!). Sinon, remplacez les carottes par un petit chou émincé, ou par 300 g de viande hachée.

Essayez enfin le tarama: dans une bol, versez 300 g d'eufs de cabillaud fumé, 1 petit oignon haché très fin et incorporez-y à la cuillère en bois 1 bon déci d'huile d'arachide. La préparation doit gonfler comme une mayonnaise, mais, surtout, n'utilisez pas de batteur électrique! Ajoutez ensuite le jus d'un demi-citron. Décorez avec de la ciboulette et servez sur du pain beurré ou des blinis.

Vous voyez qu'on peut se passer de caviar...

22.04.2009

Le nouveau guide des restaurants suisses romands est sorti

couv_cdf-1.jpgC'est toujours une émotion quand le guide arrive de l'imprimerie, encore tout frais, avec une petite odeur de papier et d'encre indéfinissable. Le  nouveau guide gastronomique de 24 heures, le Coup de fourchette, m'est arrivé aujourd'hui. Ca n'a l'air de rien, mais c'est l'aboutissement de semaines de travail, de tests, de vérifications, de revérifications, de corrections. Mais le bébé est beau. Il faut dire qu'on a tout changé... sans changer l'esprit. Je m'explique.


L'esprit est le même, à savoir un guide des restaurants qu'on aime. La consigne à notre petite équipe de testeurs est de ne choisir que des restaurants qu'ils conseilleraient à des amis, quel que soit le genre. Ca ne vous arrive pas, à vous, de demander à un copain "T'irais où pour manger une fondue?" Eh bien, avec le Coup de fourchette, on essaie de répondre à ça. Les 307 restaurants qui y figurent ne sont pas tous des gastros hauts de gamme et chers, il y a de tout, depuis le bistrot à fondue jusqu'au trois-étoiles Michelin.

Alors, qu'est-ce qu'on a changé, me direz-vous? Le format, d'abord, plus petit, plus pratique, facile à glisser dans la poche intérieure d'une veste ou dans un sac à main. Le graphisme, le logo, la couverture, ensuite, pour être plus moderne, plus lisible. Le nombre de restaurants (307 au lieu de 230!). La couverture régionale, puisqu'on a vraiment les meilleurs restos de Suisse romande, même si Vaud est un peu surreprésenté, évidemment. Les textes, eux, sont plus courts, plus incisifs. Des types de tables ont fait leur apparition pour aider au choix (bistrots, traditionnelles, modernes, créatives ou d'ailleurs).

Et tout ça pour 34 francs (29 pour les abonnés...). C'est vraiment donné...

Pour commander: shop.24heures.ch

A Concise, l'assemblage de 15 cépages donne le Gaya

Gaya_Cousin_61.JPGMieux vaut être seul que mal accompagné. Telle pourrait être la devise de Guy Cousin, installé à Concise, sur un tout petit domaine de 2,3 hectares. Car le jeune et jovial vigneron veut être sûr de tout maîtriser, de la vigne à la cave. La première est cultivée en respectant le label Vinatura et en cherchant à réduire les intrants.

Si la surface est petite, Guy Cousin y concentre quand même neuf cépages différents, qu’il vinifiera seul ou en assemblage, et souvent un passage en barriques. Au sommet de sa hiérarchie, le Gaya, ou plutôt les Gaya, puisqu’il existe aussi un Gaya Réserve. Assemblage d’une quinzaine de cépages, le Gaya passe dix mois en fût de chêne. Certaines années, une partie reste un an supplémentaire en fût, pour le Réserve. Expérience: le Gaya Réserve 2007 sera en partie assemblé avec les vins de trois copains, Philippe Bovet à Givrins, Stéphane Gros à Dardagny et Christophe Jaccaud à Bramois.

Il organise aussi des soirées «Humour et gastronomie». La prochaine aura lieu au Temple du Goût, à Mutrux, le 30 avril. Détails sur son site.

Gaya 2007, 70 cl, 22 fr. 50. Guy Cousin, 1426 Concise. Tél. 024 434 22 36. www.vignoblecousin.ch.

21.04.2009

Le palmarès des 100 meilleurs restaurants du monde

C’est une opération marketing formidable que celle que monte chaque année le britannique Restaurant Magazine. Faire voter plus de 800 spécialistes (chefs et critiques gastronomiques, dont un tiers est renouvelé à chaque vote), pour désigner les meilleurs restaurants du monde, selon un système complexe, puisque chaque juré a le droit de voter pour cinq restaurants dont deux au moins ne sont pas situés dans sa propre région. Cette façon de procéder assure au classement une couverture mondiale, où chaque région est représentée, de l’Afrique du Sud à Singapour, en passant par la Chine ou la Russie. Et cette couverture mondiale assure aux sponsors (San Pellegrino, Acqua Panna ou Nespresso) une visibilité planétaire.

Pas étonnant dès lors que le palmarès 2009 couronne les mêmes deux chefs très médiatiques qu’en 2008, à savoir les «moléculaires» Ferran Adrià (El Bulli, Espagne) et Heston Blumenthal (Fat Duck, Grande-Bretagne). A la troisième place, une belle progression que celle de Rene Redzepi, le jeune chef danois du Noma.

Une autre belle progression est l’œuvre de Philippe Rochat, qui gagne onze places pour se hisser à la seizième place. «Je ne fais pas une cuisine de concours», assure le chef de Crissier. «Même si on est toujours content d’être reconnu, ces classements n’ont pas beaucoup de valeur pour nous.» Un deuxième Suisse fait son entrée dans la liste, à la 67e place: le Schauenstein, à Fürstenau (GR).

L’Espagne fait figure de grande gagnante, avec quatre restaurants dans les dix premiers. Si le premier Français n’est «que» 7e (Michel Bras, à Laguiole), l’Hexagone place quand même huit tables dans le top 50, à égalité avec… les Etats-Unis.

Le palmarès complet:

1 El Bulli Espagne (=) www.elbulli.com
2 The Fat Duck Grande-Bretagne (=) www.fatduck.co.Grande-Bretagne
3 Noma Danemark(+7) www.noma.dk
4 Mugaritz Espagne (=) www.mugaritz.com
5 El Celler de Can Roca Espagne (+21) www.cellercanroca.com
6 Per Se Etats-Unis (=) www.perseny.com
7 Bras France (=) www. michel-bras.com
8 Arzak Espagne (=) www.arzak.es
9 Pierre Gagnaire France (-6) www.pierre-gagnaire.com
10 Alinea Etats-Unis (+11) www.alinea-restaurant.com
11 L’Astrance France (=) www.lastrance.abemadi.com
12 The French Laundry Etats-Unis (-7) www.frenchlaundry.com
13 Osteria Francescana Italie (nouveau) www.osteriafrancescana.it
14 St John Grande-Bretagne (+2) www.stjohnrestaurant.co.Grande-Bretagne
15 Le Bernardin Etats-Unis (+5) www.le-bernardin.com
16 Restaurant de l’Hôtel de Ville Suisse (+11) www.philippe-rochat.ch
17 Tetsuya’s Australie (-8) www. tetsuyas.com
18 L’Atelier de Joël Robuchon France (-4) www.joel-robuchon.com
19 Jean Georges Etats-Unis (-2) www.jean-georges.com
20 Les Créations de Narisawa Japon (nouveau) www.narisawa-yoshihiro.com
21 Chez Dominique Finlande (+18) www.chezdominique.fi
22 Ristorante Cracco Italie (+21) www.ristorantecracco.it
23 Die Schwarzwaldstube Allemagne (+12) www.traube-tonbach.de
24 D.O.M. Brésil (+16)
25 Vendôme Allemagne (+9)
26 Hof van Cleve Belgique (+2)
27 Masa Etats-Unis (retour) www.masanyc.com
28 Gambero Rosso Italie (-16)
29 Oud Sluis Pays-Bas (+13) www.oudsluis.nl
30 Steirereck Autriche (nouveau) www.steirereck.at
31 Momofuku Ssäm Bar Etats-Unis (nouveau) www.momofuku.com
32 Oaxen Skärgårdskrog Suède (+16) www.oaxenkrog.se
33 Martin Berasategui Espagne (-4) www.martinberasategui.com
34 Nobu Grande-Bretagne (-4) www.noburestaurants.com
35 Mirazur France (nouveau) www.mirazur.fr
36 Hakkasan Grande-Bretagne (-17) www.hakkasan.com
37 Le Quartier Français Afrique du Sud (+13) www.lequartier.co.za
38 La Colombe Afrique du Sud (retour) www.constantia-uitsig.com
39 Asador Etxebarri Espagne (+5) www.asadoretxebarri.com
40 Le Chateaubriand France (nouveau) tel +33 (0)1 43574595
41 Daniel Etats-Unis (=) www.danielnyc.com
42 Combal Zero Italie (retour) www.combal.org
43 Le Louis XV France (?28) www.alain-ducasse.com
44 Tantris Allemagne (+3) www.tantris.de
45 Iggy’s Singapour (nouveau) www.iggys.com.sg
46 Quay Australie (nouveau) www.quay.com.au
47 Les Ambassadeurs France (-2) www.crillon.com
48 Dal Pescatore Italie (-25) www.dalpescatore.com
49 Le Calandre Italie (-13) www.calandre.com
50 Mathias Dahlgren Suède (nouveau) www.mathiasdahlgren.com
51 Zuma Chine www.zumarestaurant.com
52 Marcus Wareing at the Berkeley Grande-Bretagne www.the-berkeley.co.Grande-Bretagne
53 Spondi Grèce www.spondi.gr
54 L’Arpège France www.alain-passard.com
55 L’Atelier de Joël Robuchon Chine www.joel-robuchon.com
56 Hibiscus Grande-Bretagne www.hibiscusrestaurant.co.Grande-Bretagne
57 Aqua Allemagne www.ritzcarlton.com
58 Le Gavroche Grande-Bretagne www.le-gavroche.co.Grande-Bretagne
59 Chez Panisse Etats-Unis www.chezpanisse.com
60 Les Amis Singapour www.lesamis.com.sg
61 El Poblet Espagne www.elpoblet.com
62 Maison Pic France www.pic-valence.com
63 Cafe Pushkin Russie www.cafe-pushkin.ru
64 Le Meurice France www.lemeurice.com
65 Bukhara Inde www.itcportal.com/hotels
66 Varvari Russie www.anatolykomm.ru
67 Schauenstein Suisse www.schauenstein.ch
68 RyuGin Japon www.nihonryori-ryugin.com
69 La Maison Troisgros France www.troisgros.fr
70 Wasabi Inde www.tajhotels.com
71 The River Café Grande-Bretagne www.rivercafe.co.Grande-Bretagne
72 Enoteca Pinchiorri Italie www.enotecapinchiorri.com
73 Le Cinq France www.fourseasons.com/paris
74 Allegro République Tchèque www.fourseasons.com/prague
75 Quintessence Japon www.quintessence.jp
76 Restaurant Dieter Müller Allemagne www.schlosshotel-lerbach.com
77 Geranium Danemark www.restaurantgeranium.dk
78 Caprice Chine www.fourseasons.com/hongkong
79 Jardines Afrique du Sud www.jardineonbree.co.za
80 Amador Allemagne www.restaurant-amador.de
81 Biko Mexique www.biko.com.mx
82 L’Atelier de Joël Robuchon Etats-Unis www.joel-robuchon.com
83 Fasano Brésil www.fasano.com.br
84 Mozaic Bali www.mozaic-bali.com
85 Obauer Autriche www.obauer.com/de
86 Alain Ducasse au Plaza Athénée France www.alain-ducasse.com
87 L’Ambroisie France www.ambroisie-placedesvosges.com
88 Maison Boulud Chine www.danielnyc.com/maisonboulud
89 De Librije Pays-Bas www.librije.com
90 Babbo Etats-Unis www.babbonyc.com
91 Maze Grande-Bretagne www.gordonramsay.com/maze
92 Zuma Grande-Bretagne www.zumarestaurant.com
93 Manresa Etats-Unis www.manresarestaurant.com
94 Pier Australie www.pierrestaurant.com.au
95 De Karmeliet Belgique www.dekarmeliet.be
96 Aubergine Afrique du Sud www.aubergine.co.za
97 Bo Innovation Chine www.boinnovation.com
98 Rust en Vrede Afrique du Sud www.rustenvrede.com
99 Del Posto Etats-Unis www.delposto.com
100 Reflets par Pierre Gagnaire Emirats Arabes Unis www.intercontinental.com/dubai

Les adresses du chef, David Tarnowski, du Montagne, à Chardonne

Tarnowski_Montagne.jpgDécouverte de l’année GaultMillau, David Tarnowski défend dans son Montagne de Chardonne une cuisine précise, aux goûts bien présents. La carte est courte, mais change régulièrement… comme le décor ouvert sur le lac à travers de larges baies vitrées. Le jeune chef lyonnais veut faire une «cuisine de proximité, sobre, respectant la tradition tout en y apportant un peu de création». Parmi ses produits de prédilection, la féra du lac. Il était justement en train d’en chercher au moment où nous l’avons joint.

Le poisson vient souvent de chez Lucas, à Genève, qui fournit celui du lac et celui de mer, y compris par exemple de belles coquilles Saint-Jacques de Bretagne. «Comme ils ont plusieurs fournisseurs sur le Léman, la qualité est régulière.»

Les légumes proviennent souvent du marché de Vevey, principalement de la famille Forney. «Ils cultivent plein de variétés, c’est magnifique.» Un passage au marché permet aussi de repérer des produits sur d’autres stands. Enfin, Leguriviera fournit l’exceptionnel, comme ces asperges vertes françaises, en attendant les suisses.

Les fromages qu’il sert souvent avec un petit chutney sortent de chez Jacques Duttweiler, à Thierrens, et de la Grenette, à Vevey. Deux magasins «sympas, qui ne se prennent pas la tête, et qui affinent bien leurs pièces».

Le Montagne, rue du Village 21, 1803 Chardonne. 021 921 29 30. Fermé dimanche soir, lundi, et mardi midi. www.le-montagne.com.
Lucas, rue Blavignac 9-11, 1227 Carouge.
André Forney, 1070 Puidoux.
Léguriviera, ch. du Verger 1, 1800 Vevey.
Jacques Duttweiler, Les Carrées, 1410 Thierrens.
Laiterie de la Grenette, rue des Deux-Marchés 27, 1800 Vevey.

20.04.2009

Le fromage de chèvre rend philosophe

 

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«C’est vrai qu’au début, on nous prenait un peu pour des hurluberlus.» Jean-François Burnet se rappelle quand il a installé sa première douzaine de chèvres dans l’exploitation familiale des hauts d’Aubonne. C’était la fin des années 1970 et les anciens ne croyaient plus aux caprins. Les producteurs se comptaient sur les doigts de deux mains en Suisse romande. Mais voilà, Jean-François Burnet aimait les chèvres depuis tout petit. «J’ai toujours su que j’en aurais. Mais ne me demandez pas pourquoi.» La ferme est dans la famille depuis deux siècles, et Jean-François dans la chèvre depuis trente ans. Il ne s’en lasse pas.

 

Ce colosse barbu et ses compères de l’époque ont dû tout apprendre par eux-mêmes. «On n’enseignait plus l’élevage caprin dans les écoles d’agriculture. Alors, on s’entraidait, on se passait des trucs», se rappelle celui qui fut un des fondateurs de l’Association romande des producteurs caprins. Avec sa femme, il a beaucoup fait pour «vendre» le fromage de chèvre à des Vaudois qui n’en mangeaient presque plus. Aujourd’hui encore, ils en mangent d’ailleurs treize fois moins que les Français.

Le combat a payé. L’association compte à l’heure actuelle une cinquantaine de membres, dont une vingtaine vit de cet élevage. La production de fromage a passé de 58 tonnes en 1992 à 869 tonnes l’an dernier.

Jean-François Burnet s’est associé il y a quelques années avec Serge Kursner, de Gimel. A eux deux, ils possèdent 150 bêtes, des alpines chamoisées d’un joli brun. Ils les élèvent le plus naturellement possible, en pâturage toute l’année, sauf l’hiver. Du foin, des sels minéraux et un peu de céréales du domaine suffisent à les nourrir. Et le troupeau se régénère de lui-même, histoire d’éviter d’importer des bêtes à risque.

La chèvre est un animal fragile, sensible au parasitage. A la fin des années 80, le cheptel suisse a failli être décimé par une maladie, aujourd’hui en voie d’éradication. Mais c’est aussi un animal attachant, curieux. A voir le producteur au milieu de son troupeau, on sent une réelle complicité.

Naturellement, elle produit du lait pendant dix mois environ. Certains industriels prolongent la production toute l’année, soit par des moyens de conservation du lait, soit en déréglant le cycle des bêtes gardées en écurie. Des procédés que n’aiment et n’appliquent pas les producteurs comme ceux de la Croix-de-Luisant.

«Au début, il a fallu expliquer les contraintes à notre clientèle», se souvient le producteur, dont l’épouse assure les livraisons aux différents commerces et restaurants. Aujourd’hui, il n’y a plus besoin.

La Croix-de-Luisant, 1170 Aubonne. Tél. 021 808 51 14. Vente au domaine.

16.04.2009

Un lunch avec Anne-Sophie Pic, à Lausanne

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On en parlait depuis des mois, et le restaurant d'Anne-Sophie Pic au Beau-Rivage de Lausanne a ouvert ce mercredi. Et nous avons eu le privilège d'y manger ce jeudi midi, petits veinards que nous sommes. Vous aimeriez savoir? Savoir quoi, d'abord? Si elle était là? Oui, elle est là, et bien là pour le lancement, ne quittant sa cuisine que le service fini, parce que c'est une perfectionniste, la petite-fille Pic, trois-étoiles à Valence. On nous dit qu'elle sera presque autant à Lausanne qu'à Valence. On verra. Et c'était comment? Très très bien. On vous raconte?

Le décor, d'abord, est très beau, tout en taupe, en ocre, en verre. Le restaurant en forme de L de 52 couverts offre de larges baies vitrées sur les jardins du Beau-Rivage et le lac tout proche. La terrasse en teck est magnifique (30 places) et on se réjouit de voir les voiles de bateau qui la recouvrent dès que la pluie aura cessé. L'entrée se fait soit par le lobby du palace, en traversant le nouveau bar, chic et design, soit par une entrée beaucoup plus proche de la réception que ne l'était celle de la Rotonde.

La carte reprend quelques classiques de la maison Pic et propose deux-trois plats avec des produits locaux. Anne-Sophie Pic promet qu'elle veut les utiliser davantage, mais elle a encore besoin d'un peu de temps pour les découvrir. Bien sûr, manger à la carte peut se révéler ruineux, avec des entrées allant de 48 francs à... 195 francs (asperge de Mallemort et caviar d'Aquitaine), et des plats démarrant à 88 francs et se terminant à 360 francs pour le célèbre bar de ligne au caviar Jacques Pic. Trois menus rendent la douleureuse moins... douloureuse, à 185, 240 et 330 francs.

Pour notre part, nous sommes partis sur le second, baptisé Emotions, et le nom était assez juste: en amuse-bouche, sa célèbre crème brûlée de foie gras et émulsion de pommes granny smith est à pleurer de bonheur. Puis une petite merveille campagnarde avec cet oeuf de poule (valaisan) juste cuit mollet, posé sur un crémeux de petits pois, des pickles d'oignons rouges et une émulsion au raifort. Cela résume assez une cuisine très féminine (si, si), qui peut s'appuyer sur des produits "courants" pour en révéler la qualité. C'est aussi féminin par des goûts subtilement entrecroisés, sans aucune agressivité, par des couleurs assez douces, par des textures très souples. Il n'y a rien qui s'expose vulgairement, mais un tout qui se révèle tranquillement, dans une progression agréable.

Le tronçon de turbot côtier est cuit tout doucement à la vapeur, relevé d'un beurre monté au citron de Menton juste comme il faut. A ses côtés, une texture de navets est parfumé d'arabica. Le homard bleu, lui, est tendre à souhait, avec ses baies et fruits rouges qu'accompagne une crème mousseuse au céleri et poivre vert. Enfin, la selle d'agneau de Sisteron est doucement rôtie, avec une sorte de cromesquis de banon et une sauce acidulée à la riquette, aux câpres et olives noires.

Tout est dans la ligne et semble rouler... sauf le timing, encore un peu lent. Mais ce n'était que le deuxième jour et la brigade doit sans doute trouver ses marques. Le service, lui, est agréablement professionnel, juste décontracté comme il faut.

Il faudra encore stabiliser l'ensemble pour convaincre pleinement des clients suisses habitués aux sommets que peuvent offrir des Philippe Rochat ou Gérard Rabaey, mais le départ est pas mal du tout.

14.04.2009

Rien n’empêchera jamais le «retraité» Roland Pierroz de travailler

 

pierrot.jpgIl a beau être «retraité» de son Rosalp de Verbier, le portable de Roland Pierroz ne cesse de sonner. Ici, c’est un Italien qui voudrait le voir représenter son huile d’olive. Là, un entrepreneur qui fait appel au consultant en restauration. Il faut dire que le «Padrino de Verbier» — comme certains l’appellent — possède autant de contacts privilégiés dans son carnet d’adresses que de talent culinaire. Pas étonnant que Philippe Rochat, président du Bocuse d’or helvétique, ait fait appel à lui pour organiser la finale européenne du concours de cuisine qui aura lieu à Genève en juin 2010.

En négociant cette semaine le contrat d’organisation à Lyon, le Valaisan sait qu’il n’aura pas la tâche facile. «Il va falloir reprendre la voiture pour aller chercher plus d’un million de sponsoring. J’ai l’habitude. A l’époque où je présidais les Relais & Châteaux suisses et où j’étais vice-président des Grandes Tables, je devais trouver un demi-million chaque année…»

Cet homme au physique de taureau (de la race d’Hérens, évidemment) a l’habitude des responsabilités. «C’est ce qui nous a intéressés chez lui, ses compétences internationales, son côté organisateur et rassembleur», explique son ami Philippe Rochat. «Et on aime bien son franc-parler et ses coups de gueule», poursuit le chef de Crissier. Pierroz a en effet un vrai caractère, trempé dans le granit de ses montagnes et la petite arvine de ce pays qu’il adore par-dessus tout. «Vous savez, installer un restaurant gastronomique en station, ce n’était pas facile, se souvient le Valaisan. J’ai dû me battre pour faire mon trou là-haut. Avec pas mal de gens contre moi.»

Le combat a réussi: du petit tea-room ouvert par ses parents en 1946 dans un village inconnu, Roland Pierroz a fait une adresse reconnue par le GaultMillau, les Relais & Châteaux ou les Grandes Tables, une adresse où séjournaient la princesse Sarah Ferguson ou Marthe Keller, des habituées. Mieux, Roland Pierroz «était» Verbier, dont il présidait l’Office du tourisme, en nouant des contacts dans le monde entier. «Il a saisi vraiment toutes les opportunités qui lui étaient offertes pour mettre en valeur Verbier», reconnaissait Patrick Messeiller, directeur général de Verbier Tourisme, au Nouvelliste en décembre dernier.

Seul le Guide Michelin l’a boudé. «Mon côté grande gueule, sans doute. Quand Michelin a annoncé qu’il allait sortir un guide suisse, je leur ai dit que j’espérais qu’il n’y aurait pas d’injustice comme les trois étoiles d’Haeberlin, à Illhaeusern, alors que Stucky, à Bâle, n’en avait que deux. Ils me l’ont fait payer. Mais je n’étais pas le seul cocu. Quand le guide a organisé une fête pour son lancement, nous, les cocus du Michelin, sommes allés faire des démonstrations de cuisine à la Foire de Colmar, juste pour les embêter.» Le Bibendum a une mémoire d’éléphant: jusqu’à sa fermeture, le Rosalp n’aura qu’une seule étoile! Surtout que le chef de Verbier en rajoutait, avec des déclarations du style: «Le Michelin, c’est l’Ancien Testament…»

Roland Pierroz, qui connaît intimement tout le monde en Valais, de Pascal Couchepin à Léonard Gianadda, a vécu une autre déception, lorsqu’il n’a pas été réélu fin 2008 au Conseil général de Bagnes, «une histoire politique», selon ce PDC de souche. Du coup, il a démissionné de toutes ses fonctions avant d’acheter un bel attique à Martigny. Ce qui n’empêche pas sa femme, Mimi, de gérer les appartements qu’ils possèdent toujours dans la station et qu’ils louent à l’année.

A 66 ans, d’autres seraient amers devant ce manque de reconnaissance. Pas lui. «Quand on a fait son temps, il faut partir. Mais j’aime toujours autant défendre des causes auxquelles je crois.» Il en a tant qu’il n’a que peu de temps pour ses loisirs. La chasse («je n’ai rien tiré depuis cinq ans»), le cheval («je voulais en acheter un, mais je me suis rendu compte que je n’avais pas le temps de m’en occuper») ou le golf. Reste la cuisine, évidemment: «Je dois finir d’installer le barbecue sur la terrasse et après, vous viendrez manger, hein?» Convivial, on l’a dit.

En quelques dates:

1942 Naît à Martigny. «Aujourd’hui, dans ma tête, j’ai bloqué le compteur à 59 ans.»

1958 Apprentissage de cuisinier au Beau-Rivage de Lausanne.

1968 Rencontre la Zurichoise Mimi. «Elle a toujours été plus que la moitié de moi-même.» Leur fille unique, Valérie, naît en 1972.

1969 Reprend le Rosalp de ses parents, qu’il ne cessera d’agrandir et de rénover.

1980 Clé d’or de GaultMillau, entrée aux Relais & Châteaux.

1992 Reçoit 19/20 au GaultMillau.

2007 Vend le Rosalp à un groupe d’investisseurs représentés par l’ancien footballeur Ramon Vega.

2009 Devient directeur exécutif du Bocuse d’or européen 2010.

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